La tasse quitte le bord de la table. Elle n’est pas encore cassée : pendant un instant, elle est simplement là, légèrement inclinée, avec une goutte de café qui vient de passer par-dessus le bord. Quelqu’un tend la main.
On pourrait écrire : « La tasse tomba et se brisa. » Cette fois, on va rester un peu plus longtemps entre les deux.
Le temps de l’histoire et le temps du récit ne vont pas toujours à la même vitesse. Dans l’histoire, une tasse tombe en deux secondes ; dans le texte, ces deux secondes peuvent occuper tout un paragraphe. Ce ralentissement narratif laisse de la place aux sensations, aux gestes simultanés et aux pensées fugitives. Pour expérimenter le mouvement inverse, essayez Dix ans en trois phrases : une longue période y tient en très peu de mots.
Vous pouvez ralentir sans arrêter le monde. Pendant que le verre tombe, quelqu’un peut entendre une chaise racler le sol, voir une main arriver trop tard, remarquer le reflet d’une lampe sur le verre.
Une pensée peut traverser la tête du personnage, très brève, peut-être complètement déplacée. Le corps, lui aussi, peut réagir avant qu’on ait vraiment compris ce qui se passe.
Il n’est pas nécessaire de remplir chaque fraction de seconde. Choisissez ce qui devient soudain très visible parce que tout va trop vite : un bruit, une distance minuscule, un geste commencé, quelque chose qu’on comprend une seconde trop tard.
Puis laissez l’action reprendre. La tasse peut finir par toucher le sol.