Qu’est-ce qu’une ellipse narrative ?
Une ellipse narrative consiste à passer sous silence une partie de l’histoire : un moment, une période, parfois l’événement le plus important. Le récit saute d’un point à un autre, et c’est au lecteur de reconstituer ce qui manque à partir de ce qu’il voit avant et après.
Elle sert à accélérer le récit, mais aussi à créer du mystère ou de l’émotion : ce qui n’est pas dit pèse parfois plus lourd que ce qui l’est.
Un exemple célèbre se trouve dans L’Éducation sentimentale de Flaubert : « Il voyagea. Il connut la mélancolie des paquebots, les froids réveils sous la tente… » En quelques lignes, des années entières passent.
L’exercice
Imaginez deux scènes.
Dans la première, quelque chose est encore comme avant. Dans la seconde, ce n’est plus le cas.
Entre les deux, un événement important s’est produit. Vous allez justement ne pas l’écrire.
Prenons une cuisine.
Dans le premier fragment, deux personnes terminent leur café avant de partir travailler.
Puis vient un blanc.
Dans le second, quelques heures ou quelques jours plus tard, une seule tasse est sortie du placard.
Ce qui s’est passé entre les deux ne sera jamais raconté directement.
Quelques détails peuvent suffire :
- une chaise qui reste vide ;
- un prénom que personne ne prononce ;
- une porte désormais fermée à clé ;
- deux assiettes remplacées par une seule ;
- un téléphone que quelqu’un laisse sonner ;
- un objet qui a changé de propriétaire.
Vous n’avez pas besoin de permettre au lecteur de reconstituer exactement l’événement. Il peut n’en comprendre qu’une partie.
Le blanc fait lui aussi partie de l’histoire.