Voici un exercice d’écriture pour changer de point de vue sans changer forcément de scène. Choisissez un lieu où des gens passent, attendent, reviennent ou disparaissent : un banc, une salle d’attente, un quai, un pont, une cage d’escalier.
Cette fois, c’est le lieu qui raconte.
Personnifier un lieu, c’est lui prêter une voix et une façon de percevoir le monde. Il devient ici un narrateur non humain, à la première personne, mais pas un narrateur qui sait tout : il connaît les passages, les retours et les traces visibles, non les pensées ou les vies entières des visiteurs. Cette limite peut rendre son témoignage plus mystérieux. Dans Faire parler un objet du passé, l’objet peut aussi changer de mains et de lieux : sa mémoire se construit autrement.
Vous pouvez commencer par quelqu’un qui revient souvent : toujours le jeudi, toujours avec le même sac, toujours seul, sauf aujourd’hui. Ou par quelqu’un qui ne revient plus.
Le lieu peut reconnaître une démarche, un parfum, une façon de s’asseoir. Il peut aussi se tromper complètement sur ce qu’il croit comprendre. Il ne possède que des morceaux : à vous d’en faire une voix.
Quelques débuts possibles :
- « Je les vois presque tous les jeudis. »
- « Elle s’assoit toujours à l’endroit où le bois est fendu. »
- « Cela fait trois semaines qu’il ne passe plus. »
- « Depuis trente-sept ans, personne n’a remarqué la fissure. »
Vous pouvez en choisir un ou inventer le vôtre.