Je me souviens du bruit du modem quand il se connectait.
Je me souviens des autocollants sur les fruits.
Je me souviens d’un pull vert que je détestais sans savoir pourquoi.
Je me souviens qu’on écrivait les numéros de téléphone sur des bouts de papier.
Je me souviens d’un gâteau dont je ne retrouve plus le nom.
Aucun de ces souvenirs n’a besoin d’être important.
Ce sont parfois les choses les plus petites qui reviennent le plus facilement : une marque disparue, une odeur dans un couloir, une expression que quelqu’un répétait, la forme d’un interrupteur dans une ancienne maison.
La formule a une histoire. L’artiste et écrivain américain Joe Brainard a construit I Remember à partir d’une succession de souvenirs introduits par les mêmes mots. Georges Perec a ensuite repris ce dispositif en français dans Je me souviens.
Ce procédé accueille particulièrement bien les souvenirs minuscules et les choses communes : une marque disparue, une habitude, une phrase entendue autrefois peuvent avoir autant de place qu’un grand événement. Pour voir comment Joe Brainard utilise cette forme comme déclencheur d’écriture, on peut consulter la ressource de la Poetry Foundation consacrée à I Remember.
Essayez d’être précis sans développer.
Je me souviens de mon école.
ouvre peu de choses.
Je me souviens du porte-manteau avec mon prénom écrit sur une étiquette orange.
fait revenir un détail beaucoup plus particulier.
Vous n’avez pas besoin d’expliquer pourquoi ce souvenir compte ni ce qui s’est passé ensuite. Passez simplement au suivant.
Après dix phrases, relisez votre liste. Certains souvenirs auront peut-être commencé à en appeler d’autres. Pour travailler le temps dans le mouvement inverse, Dix ans en trois phrases condense une longue période en seulement trois traces.