Elle pose les clés sur la table. Lui les rapproche doucement de son côté, puis pousse vers elle l’enveloppe restée entre eux.
Elle ne la prend pas.
Personne n’a encore parlé, mais il s’est déjà passé quelque chose.
Un objet peut devenir une réponse à lui seul. Une tasse qu’on remplit malgré tout, une chaise qu’on ne rapproche pas, un téléphone retourné face contre table n’ont pas besoin de commentaire immédiat.
Les deux personnages peuvent aussi ne pas comprendre leurs gestes de la même manière. Quelqu’un croit peut-être faire un pas vers l’autre alors que l’autre y voit exactement l’inverse.
Une dramaturgie des gestes. Sans répliques, ce sont les actions et les réactions qui font avancer la relation. Pour donner du mouvement à la scène, observez qui prend l’initiative, qui répond, qui se dérobe : tendre une enveloppe n’a pas le même effet si l’autre la prend, la repousse ou l’ignore. Un silence peut ainsi modifier la situation plutôt que simplement la prolonger. Dans On n’entend qu’eux, essayez la contrainte inverse : ne raconter la relation qu’à travers les voix.
Le jeu devient plus intéressant si les gestes ne forment pas un code trop parfait. Si chaque mouvement signifie exactement quelque chose, la scène peut vite ressembler à une pantomime.
Laissez donc aussi quelques gestes inutiles, hésitants ou ambigus. On remet une manche en place, on regarde par la fenêtre, on cherche quelque chose dans une poche alors qu’il n’y a rien à chercher. Une conversation réelle contient aussi ces moments-là.